lundi 20 janvier 2014

L'Atzender

Il y a un moment de l’histoire que, j’espère, sera oublié rapidement, lavé de sa noirceur pas la marque invisible qu’elle aura laissé dans l’humanité. Ce fut le moment où les gens se tuaient pour des folies, craignant les fureurs d’un Dieu colérique, où les gens voulaient des sottises, tel le pouvoir, la richesse, et l’importance. Si, comme je le crois, plus rien n’est tel, alors nous avons suivi le bon chemin. Dans d’autres cas… Dans le plus profond précipice de cette époque, il y avait tellement de morts que l’on n’en parlait simplement plus. Chaque jour, des gens disparaissaient et nous savions, dans un lourd silence collectif, que ces gens n’étaient pas partis pas les colères du Dieu, mais bien par un morceau de fer, ayant volé dans la mauvaise direction, au mauvais moment. J’ai vécu mon enfance dans une petite ville de Davenport, dans l’État de Washington. On n’était pas beaucoup, mais cette ville a eu, plus tard, le prestige d’avoir vue grandir le petit Benjamin Azet, dans l’unique école de quartier. Il était deux années de plus vieux que moi, mais je l’avais déjà remarqué, comme tout le monde d’ailleurs. C’était un de ses brillants orateurs, ceux qu’on en croise qu’une fois dans sa vie. D’un seul souffle, un seul clignement de l’œil, tout le monde était de son avis, moi compris. Il avait ce talent inné à lui faire confiance, quelque chose de réconfortant quand on voyait le monde extérieur. Lorsqu’il quitta l’école, il tomba dans l’oubli. Comme si en quelques jours, il avait disparu complètement de la communauté très serré de Davenport. On mit cela sur le dos de l’Université, qu’il avait déménagé ailleurs, plus loin que nos regards portaient. Pourtant, après seulement deux ans, il revint, se présentant à la mairie. Son succès fût, bien sûr, indéniable, et il se trouva au poste qu’il souhaitait. Un peu de cela, je me le dis, devint l’étincelle qui fit exploser le chaos, la dernière lumière. De ce pouvoir, comme tout le monde d’ailleurs, il n’en eut pas assez, il avait soif et ce n’était pas toute l’eau de Davenport qui pouvait le sustenter. Ce fut donc d’habiles tours d’économie et de politique qu’il rallia quelque villes du voisinage sous sa cause, devenant le centre de quelque chose de plus important. Mais ce n’était pas encore assez, alors contre vent et marée, il se créa son petit royaume, sur le bord du Centre du monde, les États-Unis. D’ailleurs, celle-ci ne fit rien, et ce, pour un long moment. Leur réaction fût si lente, que le temps qu’il envoie quelqu’un, il avait 300 000 personnes sous le drapeau de celui au sourire si charmant. On le prit comme une menace pour l’ordre, car il devenait une si grande influence sur ses gens, qu’il manquait autant de gens aux élections fédérale, aux taxes, aux impôts, comme si ces gens ne se rattachaient plus au pays. Ce qui les alarma, c’est ce qui se passa au Canada. Eux, c’était la Colombie-Britannique. Un mystérieux dirigeant, un étranger, les avait attirés sous la lueur d’une promesse de pays libre, de taxes faibles, plus de dettes et tout le tralala. Ce n’était pas le dixième de la province, comme il en était avec l’État voisin. C’était la totalité, les idées contraires étaient expulsées du nouveau petit État. Et cet état, il avait une armée, plus grande que ce que les deux pays auraient pût croire, ou ce qu’il voulut croire. Le dirigeant n’était plus un président, ni un roi, il était l’Atzender. Un puissant dirigeant aux pleins pouvoirs, gentil et attachants. Avec la plus grande réticence face au nouvel ennemi, dévorant les états voisins et grandissant ses rangs de ces hommes, les États-Unis leur déclenchèrent la guerre, le Canada en fit de même. Mais l’État libre de Davenport, ou Daven, était financé grandement. Premièrement, en homme, par tous les pays qui en voyait le paradis qu’on leur annonçait, la beauté d’un pays neuf, sans problème, sans corruption. Une seule règle pour rentrer, chaque famille arrivante devait envoyer au moins un soldat à la guerre, qui était extrêmement bien payé d’ailleurs. Sinon, il pouvait toujours amener une autre famille, et là, il n’avait point besoin de soldat de famille. Deuxièmement, en militaire, par la Chine et la Russie, bien qu’elles le nièrent, souhaitant prendre plus de place dans le monde en envoyant la puissance s’entre-déchirer. Daven gagna. Près de 300 millions de fiers citoyens habitait maintenant le paradis. Mais l’Atzender n’en avait pas assez. Il transforma l’armée en Blues Archangels, la nouvelle puissance. Les deux commanditaires coupèrent rapidement les dons, voyant bien le nouveau monstre qu’il avait créé, mais comment arrêter ce problème, ne cessant de s’agrandir en superficie, population et économie. Les États-Unis se replièrent beaucoup, ne sachant plus quoi faire et maintenir la guerre. Ce fut au sommet de sa puissance qu’il déclara la guerre au monde, ne le jugeant pas assez idéale. Ce fut une guerre longue, pénible, sauf pour les Blues Archangels, fier de mourir au combat, fier de servir le paradis. Il n’avait jamais rien eut de telle, si bien qu’on ne l’appela pas guerre mondiale. Ce n’était plus une guerre, c’était un massacre. Sans allié autre que la population du monde entier, qui créait des rebellions dans les pays. Affaiblit par les émeutes, ils ne supportaient pas les canons des Blues Archangels. Ce fut le tour de la solution nucléaire. Mais bien avant que les pays aient le temps d’agir, les spécialistes qui les manœuvraient étaient recueillis entre les doux bras de l’Atzender. Vous vous demandez bien sûr comment cela a fini bien sûr. Ce fut lorsqu’on me mit à la corvée de ménage des sous-sols des plus grands complexes militaires, là où personne n’allait. En poussant la porte, je compris. Des cadavres, par milliers ou par millions, devant des grands machines, poussant les corps vers des fours. Mais le four n’était pas en sens unique. Comment nettoyer les gens qui n’aimaient pas l’Atzender. Comme faire en sorte que presque personne ne mourait dans les rangs des Blues Archangels. Surtout, comment nourrir si rapidement une population si grandissante, alors que les champs prenaient un temps fou à être planté. Toute la nourriture de Daven était…Non. Je devais sortir, je devais respirer. Au grand air, je vis un immense écran, montrant les dents blanches et saines de l’Atzender, celui qu’on n’en voyait jamais manger. Tout simplement parce qu’il ne mangeait pas la même chose. Et le pire, c’était le seul par ce fait qui n’était pas un monstre parmi nous. Soudainement, je me sentis si loin de Davenport, la petite ville à moins de 2000 habitants. 16 000 lieues de chez moi, et pourtant, je n’avais jamais déménagé. À quelques siècles de ma maison, mais je n’avais vécu que 40 ans. Il était le monstre au-dessus de nous. Alerter de ma fuite, on vint me chercher, me passant des menottes. Je savais, et savoir n’était plus toléré. On m’offrit deux choix, soit nourrir la machine des cadavres, soit la nourrir du mien. Car au fond, Daven était une énorme machine, une machine affamé qui avait besoin de son peuple, avait besoin de vivre. Demain, l’Atzender sourira au monde de ses dents blanches. Il aura soif, autant qu’il a soif maintenant. Demain viendra le pire, mais je ne serai plus là.

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